Jean Morette

Jean Morette…

… UN HABITANT DE NOTRE VILLAGE

jean-moretteJean Morette est né le 17 août 1911 à Valleroy en Meurthe et Moselle Mais c’est dans la maison familiale de Batilly près de Briey qu’il passe son enfance. Nono (c’est le surnom qu’on lui a donné) part avec sa mère en 1915 pour un long périple vers l’Allemagne, puis la Suisse pour s’arrêter enfin près d’Ales, où il retrouve son père. Jean aime l’accompagner à la sous-préfecture. L’enfant se découvre alors une véritable passion pour les images et l’univers de contes.

En 1918, après la guerre, la famille MORETTE passe de la campagne à la ville. Monsieur MORETTE père travaille à l’usine où Jean passe souvent ses jeudis, dans le monde bruyant des hauts fourneaux et de l’aciérie. Ces puissantes impressions d’enfance, il les fait siennes; elles ne le quitteront plus.

Après trois années à Joeuf, les MORETTE déménagent près de Nancy. A l’école primaire supérieure, Jean prépare le concours d’entrée à l’école normale de Metz. Il y rencontre Joseph CRESSOT, qui devient son maître à penser. Si l’élève instituteur sent ancrée en lui la vocation d’enseignant, il ne néglige pas pour autant sa passion profonde pour le dessin.

Lors de la rentrée scolaire de 1931 Jean est nommé maître d’école dans un village de la campagne messine Ars-Laquenexy. L’école était petite, avec une treille sur la façade et des marronniers dans la cour. «J’avais peu d’élèves presque tous des fils de paysans». Sa chambre était modeste. Il prenait ses repas à l’auberge du village et comme le voulait la tradition, il avait la charge de secrétaire de mairie. C’est là qu’il se découvre un véritable amour pour la campagne. Il dit notamment: «c’est là que j’ai commencé à me sentir profondément lorrain. Avant j’appartenais plus ou moins à la Lorraine du Nord, si cosmopolite, mais à Ars Laquenexy, j’ai retrouvé mes racines profondes. A cette époque, le village n’avait rien du village urbanisé que l’on connaît aujourd’hui. C’était un pays qui sentait bon la terre, la tradition. On y mangeait tous les jours de la soupe au lard.»

Le jeune instituteur organise des séances de cinéma le dimanche dans le village. Les propriétaires fermiers les plus aisés apportent leur contribution financière à l’acquisition d’un projecteur et le garde champêtre à la charge de tendre son képi afin de récupérer lors de chaque séance l’écot d’un public enthousiaste.

Mais à 20 ans, l’heure est venue de passer son temps sous les drapeaux. Il est chargé d’illustrer les hauts faits d’armes et de représenter les plans de feux sur les cartes d’état major.

Le service militaire achevé, il retrouve son poste d’instituteur à Manderen, puis de surveillant de collège à Château salins. Cela lui permet de consacrer un peu de temps à l’étude des cours d’art graphique Il obtient son premier prix d’illustration en 1934. Comme un bonheur ne vient jamais seul, le poste d’Ars-Laquenexy est à nouveau vacant: Une occasion inespérée de retrouver cette campagne qui lui inspire tant, ces gens qu’il a appris à aimer, son petit village où il se sent vraiment lui-même en harmonie avec le monde qui l’entoure.

La semaine sera donc consacrée à l’enseignement et le jeudi à la poursuite de l’apprentissage de l’art. Il se fait élève à son tour lorsqu’il s’agit de travailler sous la direction de Victor PROUVE, un des chefs de file de l’Ecole des Beaux-Arts de Nancy.

Dès lors, le choix de MORETTE est fait, où plutôt le non-choix, car il ne sera pas artiste ou instituteur, mais de préférence, les deux à la fois. «C’est ainsi que se résume ma vie. Je suis resté à ma classe et j’ai continué à dessiner.»

Rencontrant fortuitement Victor DEMANGE directeur du journal à Metz, il a l’occasion de lui montrer ses dessins Une collaboration est née, qui ne cessera de s’amplifier et de se diversifier au fil des ans, avec des illustrations du monde qui l’entoure:
– Mon village mes élèves – Les jeux du jeudi – Les contes de GRIMM et ses contes personnels – Histoire de la Lorraine – Le calendrier rustique Et bien d’autres titres encore.

La Lorraine de Jean MORETTE est bien celle d’un temps qui semble révolu, celui de son enfance. La beauté du quotidien, selon l’écrivain Francis KOCHERT, Jean MORETTE l’enchanteur n’a cessé de la chanter

«Au milieu d’un jardin planté en terre lorraine, un grand arbre n’en finit pas de nous régaler de ses fruits»

Articles parus dans le REPUBLICAIN LORRAIN

Jean MORETTE : Notre bon maître…

Jean Morette aimait passionnément sa belle Lorraine. Il n’a cessé d’en chanter l’âme avec sa plume et ses pinceaux. Puisant dans ses racines au coeur du Pays-Haut, il s’est fait, au long de sa vie, l’observateur attentif des lieux et des gens, des gestes immuables, des traditions rustiques, des paysages sereins comme de la modernité flamboyante. Celle, pas encore dévastée alors, du fer et du charbon.

Fils d’institutrice, Jean a hérité d’une mère aimante la noble passion de transmettre le savoir. Une manière, sans doute, de prolonger un peu l’enfance, de s’émerveiller, de partager avec les plus jeunes la passion d’un monde qu’il a toujours voulu proche, sensible, chaleureux. C’est la raison pour laquelle il n’a sans doute pas donné suite à une prometteuse vocation d’artiste, lui préférant modestement la voie de la pédagogie. Sans renoncer à son goût profond pour le dessin, il choisit de le mettre au service de la connaissance. Il renoncera également dans la majeure partie de son oeuvre à la couleur, comme par ascèse, pour aller au plus simple, au plus vrai, au plus direct. Son trait noir, précis comme celui d’un graveur, mord sur la page blanche pour y fixer des lignes essentielles, pleines de dépouillement, de force. Ce qui n’exclut pas pour autant une certaine fantaisie. Car le monde de Morette est ludique et joyeux. Il y a toujours un petit toutou sympa pour accompagner Fanchette, des lutins bienveillants prêts à surgir de la planche, un grillon posté près du four à pain.

Instruire en amusant, voilà le beau projet que Morette a déployé au fil de son existence, que ce soit sur le tableau noir de sa chère école de Pierrevillers ou dans les colonnes de notre journal. Grâce à ses albums, des générations de gamins ont appris à apprendre, à connaître l’histoire et la géographie de leur région, la mémoire de leurs cités, l’esprit de leurs campagnes. Ils se sont nourris de traditions et de contes, se sont forgé un patrimoine, une identité, une culture commune. C’est la belle richesse, l’héritage unique que nous laisse Morette, le créateur si talentueux et simple, l’homme si attachant. Le bon maître que nous avons tous rêvé d’avoir…

Francis KOCHERT.
Paru dans le RL du 29 octobre 2002 (Lorraine / L’Actualité)

Jean MORETTE : De si beaux livres

Jean Morette a publié ou collaboré graphiquement à une centaine d’ouvrages. Difficile de les recenser tous. On retiendra les tout premiers, parmi lesquels en 1934 la Géographie de la Moselle de Joseph Cressot (Paul Even), deux albums de Colas et Colette en 1936 (Arts graphiques de Nancy), Les contes de Grimm (Hachette 1950), Le pain au Lièvre, bois gravés illustrant les textes de Cressot (Le Républicain Lorrain, 1952).

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Reproduction Interdite
Dessin extrait du recueil « Très riches heures de Lorraine » Editions Serpenoise.

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Reproduction Interdite
dessin extrait du recueil « Très riches heures de Lorraine » Editions Serpenoise.

(Nous remercions les ayants droit pour leur autorisation de mise en ligne de ces 2 images)

Suivent, à partir de 1958, des albums annuels publiés au Républicain Lorrain parmi lesquels Jeux du Jeudi, Les Grands Lorrains vus par Fanchette, Contes du jeudi, de 1963 à 1968 six albums constituant L’Histoire de la Lorraine, puis six autres volumes de Chez nous en Lorraine dans les années 70, La Lorraine de dans le temps (1978), Mon village en Lorraine (1981), La Lorraine du fer en 1985, Le Pays-Haut (1987), Contes comme ça! (1990), La vie de ma grand-tante Octavie (1996) et Lorraine, images d’autrefois (2000).
Deux ouvrages ont également été consacrés à son oeuvre : Morette l’enchanteur de Francis Kochert (Serpenoise 1985) et La Lorraine en passant par Jean Morette de Michel Caffier (Serpenoise 1998).

Paru dans le RL du 29 octobre 2002 (Lorraine / L’Actualité)